Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /Juin /2009 21:56

Salut à tous !

Et voilà, fallait que ça arrive, voici venu le dernier post, le récit de nos ultimes aventures péruviennes... Une fois encore, merci mille fois de nous avoir accompagnés à travers ce voyage, de nous avoir fait rire, soutenus, de nous avoir montré que vous ne nous aviez pas oubliés à travers vos commentaires. Après chaque post, on était trop heureux d'ouvrir notre mail pour y lire vos petits mots de France. La France qu'on retrouve dans une petite semaine, incroyable... Allez, on vous en raconte une dernière fois...

A l'heure de quitter Cuzco, rebelote, grève et manif,  plus un seul taxi, caillasses jonchant le sol... un type nous embarque contre quelques nuevos soles, direction l'aéroport, slalomant, un fois encore, entre les restes des barricades qui jonchent le sol. Stress de rater notre correspondance, l'avion que nous devions prendre ayant été frappé par la foudre (et oui)... On nous fait attendre... devant une télé diffusant la finale de la ligue des champions ! (Intense satisfaction de regarder le match avec des anglais accablés par la défaite de Manchester...)

Après avoir couru comme des dératés dans l'aéroport de Lima, on finit par récupérer notre vol pour Iquitos. On s'envole enfin pour l'Amazonie, le coeur vert de la planète. On arrive avec la nuit. On a pris, pour cette ultime étape de notre voyage, l'option luxe : on va dormir dans un lodge de jungle, à 140 kilomètres d'Iquitos, en plein coeur de la forêt primaire...

On vient nous accueillir à l'aéroport et l'on nous conduit dans une ville moite, aux rideaux de fer baissés, dont des tessons de verre recouvrent le sol. Ici aussi, il y a eu des manifs, pour protester contre la pollution de l'Amazone par des sociétés pétrolières (tiens donc...)

J'avais oublié, après ces mois patagons et ces dernières semaines andines, à quel point j'adore les ambiances tropicales. Chaleur étouffante. Orages aussi brefs que violents. Tout le monde vit dehors. Les gens sont plus chauds. Il y a cette nervosité dans l'air.

Iquitos est une énorme ville de 500 000 habitants qu'aucune route n'atteint. Longée par l'Amazone, cette immense fleuve boueux qui va serpenter jusqu'à l'Atlantique. Partout, les tuk-tuk passent à fond la caisse, devant les maisons coloniales décrépies. Le Malecon, cette promenade de bord de fleuve, est envahie la nuit par les badauds, les gosses, les marchands de glaces et de ballons.


On descend l'Amazone pendant une matinée entière pour atteindre notre lodge, des cabanes sur pilotis, au bord du fleuve. Tout autour, la jungle dense et étouffante. De notre terrasse, dans le hamac, on voit plonger les Martin-pêcheurs, passer les hérons et chanter des piafs inconnus et colorés.






















C'est l'isolement parfait. On a un guide qu'on partage avec deux australiens et une new-yorkaise. Il n'y a ici que des anglo-saxons, le seul truc un peu pénible, c'est un lodge où l'on parle anglais. 
Personne ne répond à mon espagnol, bon. 

On ne se déplace qu'en bateau, allant de bras de rivière en lacs vaseux, accostant sur des bancs boueux.


Nos journées commencent vers 6h. On cherche à observer des animaux jusqu'au déjeuner. On y retourne l'après-midi, puis la nuit, balayant le fleuve avec de puissantes lampes, à la recherche du reflet d'une pupille dans les arbres ou dans les herbes hautes des rives. Dormir au milieu de ces bruissements, de ces cris, de toute cette vie grouillante, séparés uniquement par une moustiquaire clouée sur quelques planches de bois : le pied.

 

Marcher en file indienne dans la jungle, voilà une activité éprouvante. La chaleur y est étouffante (les lunettes d'Amélie se couvrent de buée). Il faut coller aux basques du guide qui se fraye un chemin à coup de machette. Faire gaffe à tout. Ne rien toucher. Ici une fourmi noire (énorme) te pique, tu pars pour deux jours de fièvre. Je marche sans faire attention sur le passage d'une armée de coupeuses de feuilles, ma botte est attaquée par tout un escadron, impressionnant.

 

On déloge serpents et tarentules... Les mêmes qu'on retrouve la nuit, sur les troncs des arbres (et dans la cuisine !).

 

 
























Filer sur l'eau, dans l'obscurité totale, les constellations inversées de l´hémisphère sud au-dessus de la tête, excités à l'idée d'apercevoir un boa, un caïman, un grand félin...

On aura bien vu quelques petits caïmans que les guides, des gars du village d'à côté, attrapent sans même arrêter le bateau, mais point de grands mammifères. Des singes aux yeux énormes, écarquillés et, un spectacle que nous avons adoré, la lente danse des paresseux le long des branches.


La végétation est extrêmement dense. Le tout noyé par les eaux, nous sommes à la fin de la saison des pluies. Les moustiques pullulent. Sur la cime des arbres, des perroquets, des rapaces, des piafs étranges (Hoatzin).





Je me baigne dans l'Amazone après que nous ayons observé (trop brièvement) des dauphins roses de rivière. Difformes, la peau vraiment rose bonbon, étranges.

On pêche des piranhas pour le déjeuner. Bon pour tout dire, avec Amélie, on nourrit les piranhas, puisqu'ils arrachent les morceaux de barbaque de nos hameçons sans qu'on en attrape un seul.


Par contre, Amélie sauve notre batelier, qui n'avait pas vu qu'il avait ça dans le dos, tombé d'on ne sait où...




























Jours passés à toute vitesse, géniale expérience d'immersion dans la jungle. Trop cher, une fortune... Mais il n'y a pas d'autre alternative si l'on cherche l'isolement à ce point dans la nature.

 

Après trois heures de speed boat, ralentissant à peine pour traverser des villages flottants, on retourne à la civilisation vociférante et polluée d'un samedi soir tropical à Iquitos, douchés par un monumental orage.

On a sympathisé avec un couple d'australiens, Colette et Mark (qui se baladent pendant 1 an en Amérique du Sud), et on va visiter avec eux le refuge qu'une autrichienne exilée a construit dans la jungle, récupérant des animaux orphelins, des singes capturés et abandonnés, faute d'acheteurs. Il y a une attitude à avoir sous ces latitudes, quand tu débarques dans des ports ou des marchés grouillants où les gringos sont rares. Avoir l'air très sûr de soi, de la direction qu'on prend, de ce qu'on veut et du prix qu'on est prêt à payer. Il y a toujours comme une menace légère dans l'air.

On se trouve une barque qui nous conduit à cette ferme, longeant des épaves de bateau, prenant de petits canaux. Et soudain, sautant d'un arbre, un passager clandestin débarque, faisant pousser à Colette des cris perçants qui semblent le réjouir...


Il saute partout, cherche à fouiller mon sac. La patronne de la ferme, une femme sèche et énergique qui marche pieds nus dans la boue vient à notre rencontre quand le bateau s'arrête. Le singe est l'un de ses locataires... On nous engueule presque d'avoir flippé devant ce doux minois (en gros plan)  :


Cet endroit ("la ferme des papillons") est un endroit magique. Dans toute la propriété, des volières immenses pour papillons (que la proprio étudie), des singes, des aras, des fourmiliers se baladent.






















Ici pas de cage, on est pas dans un zoo. J'aide à nourrir un tapir. Un fourmilier lape du lait comme un chat. Les singes sont à mourir de rire.



































En fait de cage, il y en a une, vaste, pour empêcher cet animal, une beauté totale, récupéré alors que sa mère avait été abattue, de bouffer tout ce qui se balade dans la ferme...

Le dernier touriste qui a voulu passer l'appareil-photo à travers le grillage pour réaliser un joli cliché y a laissé un bout de la main...

Superbe rencontre avec cette femme qui a lâché son pays et ses racines pour s'occuper d'animaux orphelins de la jungle. Ça fait réfléchir, non ?

Le lendemain, on part, toujours avec Colette et Mark, visiter le marché de Belen, quartier pauvre d'Iquitos. On se trouve vite un guide qui nous conduit dans ces dédales puants et grouillants, où l'on vend de tout, des tortues taillées en pièce, des herbes de la jungle, des os d'animaux...


 

 






















Notre "guide" nous fait monter sur une barque pour nous balader dans ce bidonville flottant qu'est Belen. Cabanes de bois pourrissantes sur des eaux croupies que l'on boit, dans lesquelles on se lave, on fait ses besoins, on joue...



Grande pauvreté et en même temps quelque chose comme une joie. Bars flottants dans lesquels, sur des sonos énormes, on se trémousse en écoutant Madonna. On nous offre des shots de vodka. Je me retrouve à fumer un cigare trempé dans du miel avec des gueules pas possibles qui nous observent. Il est 9 heures du mat. J'ai arrêté de fumer il y a 5 mois. Pourtant tu fais des sourires et faut avoir l'air sûr de soi.

Le guide nous présente sa famille. Entassés à 6 dans une cahute ouverte à tous les vents. Puis on file à l'école flottante, parce que c'est la récré et qu'il veut nous présenter ses filles... On lui achète des stylos pour les petits et on lui donne plus que prévu, comment faire autrement ?

 
On est retourné à Lima depuis hier. Aujourd'hui on a reconfirmé notre vol pour Madrid. On décolle demain soir (mon Saint Christophe, qui nous a protégés jusque là, nous fera faire la traversée sans encombre, on espère).

Mon Seb, on se voit après-demain, pas croyable !

Il nous tarde de vous retrouver, tous. On sera à Toulouse le 10 à 19h50, après 9 mois de voyage à travers la planète.

On espère que vous aurez eu autant de plaisir à lire notre blog que j'en aurais eu à l'écrire (même si j'aurais râlé et crisé un max dans les cyber-cafés du monde).

Mieux, on espère qu'on vous aura donné envie de voyager, de vous rapprocher du monde naturel, de voir comment ça vit, ailleurs.

On vous embrasse très fort, à très vite cette fois !

Jules et Amélie

Par jules et amélie - Publié dans : Pérou
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